Quand tu fais plus jeune que tes étudiants
Survivre à l’amphi incognito 😎
Quand j’ai dit à ma famille que j’étais désormais enseignante d’université, ils ont cru à une blague. Ma mère m’a demandé si c’était pour une émission TV. Mon petit frère m’a demandé si c’était une école de « mini pouce ». Mon grand frère a ri pendant exactement quarante-deux secondes. Moi ? Je riais aussi, nerveusement, en regardant mon miroir, essayant de me convaincre que j’avais quand même une tête de prof.
Pour tout vous dire, je n’ai pas une tête de prof. J’ai une tête de “licence 3 en plein doute existentiel, option dernier modèle de New Balance, style baba cool complètement sonnée”.
Episode 1 : quand ton collègue te réprimande d’arriver en retard à son cours
C’est mon premier jour de cours. Je suis en pantalon près du corps, baskets, sac à dos. La panoplie parfaite pour passer inaperçue… ou pour être confondue avec la promo 2025.
Je me pointe à l’entrée de la salle de classe, toute anxieuse — j’ai des morceaux de craies et un support de cours, la totale quoi. Là, un collègue, que dis-je ? Un grand prof, vénérable, vestiges de barbe blanche, cravate jusqu’au menton (code vestimentaire universitaire +9000), me regarde de haut en bas avec condescendance : “Jeune fille, avez-vous vu l’heure ? Quelle outrecuidance ! Vous avez le toupet de vous pointer et d’interrompre le cours ? Avec ses minces pieds ! Vous n’entrerez même pas en rêves.” A vrai dire, je suis restée bloquée sur le mot « outrecuidance »😂. J’avais à présent deux problèmes. J’ai cligné des yeux, souri et répondu : « Je suis désolée, Professeur, je suis censée les prendre juste après vous ». Il a reculé comme si je venais d’invoquer Voldemort en pleine réunion pédagogique. Même pas un semblant d’excuses, tu parles.
Episode II : les étudiants qui m’appellent “Ma coucou” avec des guillemets
Bon. J’entre dans la salle de classe (si tu n’as pas compris pourquoi je parle de salle de classe depuis tout à l’heure c’est surement parce que je ne t’ai pas dit qu’il s’agissait d’une école supérieure). On me regarde comme si je m’étais égarée. Un étudiant avec la maladresse la plus totale me balance : “Ma coucou, tu cherches quelqu’un ?”
Moi, intérieurement : Non, c’est une expérience sociale de l’Université. On filme vos réactions pour TikTok. Le meilleur, c’est quand ils viennent me voir à la fin du cours :
“Honnêtement, vous expliquez bien, on dirait pas que vous êtes prof.”
Euh… merci ? Je suis quoi alors ? Une illusion pédagogique ? Une hologramme de Ngoa-Ekélé ? Une étudiante infiltrée par la DGRE ?
Episode III : quand tu subis le mépris poli des étudiants des autres filières
Ah, ce doux moment où un étudiant d’ailleurs se pointe dans ma salle, me regarde et me dit, sûr de lui : “Excuse-moi, le prof est là?”
Moi : Nonon. Il ne viendra pas aujourd’hui. Je sais, mon humour est vache.
Parfois, ils viennent même me draguer dans le hall de l’école, pensant que je suis une étudiante hyper stylée. Une fois, un étudiant m’a dit : “Franchement, je te trouve mignonne avec tes lunettes, on dirait Mia Khalifa.” Mia Khalifa ? Juste ciel ! J’espère ne jamais dégommer un de ces mioches 🤦🏾♀️.Je pense qu’on a atteint un niveau d’irrespect universitaire jamais vu depuis Socrate.
Episode IV : les réunions de profs où t’es la seule à dire “JPP”
Quand je parle en réunion, il y a ce léger flottement… comme si j’étais une erreur de casting.
“Elle est brillante, mais… c’est une stagiaire ? Une doctorante ? Une étudiante d’échange Erasmus déguisée en adulte ?” Alors je parle vite, je cite Bourdieu, Foucault, un peu d’Umberto Eco pour faire bonne mesure, et je balance un “méta-narrativité disruptive des pratiques hybrides éditoriales dans le champ post-numérique”. Bam. Le silence se transforme en respect.
Conclusion : prof, jeune, mais pas fragile.
Être jeune et enseignante d’université, c’est un peu comme être une licorne qui fait des fiches pédagogiques : ça fait rêver, mais personne n’y croit vraiment. Oui, j’ai encore une voix fluette, je ris quand mes étudiants me disent “Waye, Madame”, je dis “ASKIP” à mes collègues sans qu’ils comprennent. Mais je suis là. J’enseigne. Je fais cours. Je corrige des copies avec plus de café que de sommeil (croyez-moi, c’est une stricte nécessité). Et parfois, je me dis que le plus grand pouvoir, c’est de ne pas avoir l’air de l’avoir.
Mais franchement, si un jour un étudiant m’appelle encore “ma coucou”, je l’accroche sur le tableau, naaan, je plaisante.
Outrecuidance…😂😂😂😂 Courage « coucou », sorry je voulais dire Doc. 😂😂😂
😂😂😂
Sans aucun doute j’aurais fait pareil que ces étudiants si vous étiez mon enseignante 🤣🤣🤣
Franchement, je trouve cela plus drôle qu’embêtant 😂
On dit souvent que l’habit ne fait pas le moine, mais dans ce cas tu devrais davantage t’habiller en moine pour éviter tout ceci 🤣🤣🤣
Très intéressant à lire, mais surtout drôle.
Tu as raison
😂😂😂😂😂😂😂😂😂