S’organiser quand on est enseignant d’université et qu’on voudrait tout de même avoir une vie sociale (oui, c’est possible, apparemment)

Ah, l’université. Ses amphithéâtres bondés, ses étudiants enthousiastes (sauf le lundi matin), ses collègues surmenés et ses e-mails à 2h du matin commençant par « Chère collègue, urgentissime… ». Être enseignant-chercheur, c’est avoir un emploi du temps digne d’un ministre… d’un petit pays, certes, mais ministre quand même. Et pourtant, parfois, au détour d’une sieste ratée, ou d’un lot de copies oublié, d’un mari infidèle (ou parfois le mari d’une autre qui vous est infidèle – que voulez-vous ? Les temps sont durs), un fol espoir surgit : et si je reprenais une vie sociale ? C’est compliqué, mais pas impossible.

enseignant d'université

Etape 1, « Je vais planifier ma semaine », horizon inatteignable

Lundi matin. Vous ouvrez votre agenda avec détermination : cette semaine, je suis organisée. Vous bloquez des créneaux : cours, réunions, corrections, recherche, rédaction. Vous laissez même un petit coin pour « sortie avec les copines » dimanche. Vous vous sentez puissante. Vous êtes Trello, grand bien vous fasse ! Voici donc la réalité : Lundi midi : votre chef de département vous annonce une réunion impromptue mais indispensable. Mardi : votre ordinateur décide de faire une mise à jour de 3 heures pile au moment de rendre un rapport. Mercredi : vous découvrez que vos étudiants ont compris le cours… mais d’une autre réalité parallèle. Jeudi : un colloque tombe du ciel (et sur votre emploi du temps).Dimanche : « Sortie » devient « Rédiger le rapport de coordination du département » en vue des journées pédagogiques. Vous voyez ou pas ?

Etape 2, Apprendre à dire NON… ou au moins « heu, p’t’être pas tout de suite »

On ne le dira jamais assez : NON est une phrase complète. Mais quand on est enseignant universitaire, on a tendance à répondre « Oui bien sûr » à des propositions qui ressemblent à : « Tu peux organiser un colloque intergalactique pour mardi ? », « Tu veux bien co-encadrer ce mémoire dont le sujet change tous les jeudis ? », « Tu peux juste jeter un œil à mon manuscrit de 800 pages ? C’est urgent, c’est pour hier. » Conseil : entraînez-vous devant le miroir. « Non », « Pas possible », « Je suis déjà en burn-out », « Mon âme est en vadrouille, tu ne vois que ma dimension charnelle », tout est bon à prendre. Votre vie sociale vous dira merci.

Etape 3, Intégrer ses amis dans sa vie académique (ou vice versa)

Si tu ne vas pas à la vie sociale, la vie sociale viendra à toi. Organisez vos réunions dans des cafés (en priant pour que le Wi-Fi tienne). Faites vos corrections pendant vos sorties (sous réserve d’avoir des amis compréhensifs et des copies waterproof). Invitez vos amis à vos soutenances (« oui oui, c’est passionnant, on parle d’éditorialisation et de métamorphose des pratiques en STIC » – ça met de l’ambiance). Et pourquoi ne pas transformer vos apéros en groupes de lecture ou vos dîners en conseils scientifiques informels ? (À noter : le vin améliore rarement la rigueur méthodologique. Juste au cas où, ne me remerciez pas).

Etape 4, Externaliser tout ce qui peut l’être (non, pas vos étudiants)

Courses ? Faites-les en ligne (j’ai foi en mon pays, ce mythe deviendra réalité). Ménage ? Faites appel à quelqu’un (ou laissez tomber, ça muscle le système immunitaire et votre belle-mère ne vous verra plus d’un mauvais œil). Réponses aux e-mails ? Installez un répondeur automatique type : > « Bonjour, je suis actuellement en train de courir après mon retard. Merci de patienter 3 à 5 jours ouvrables. »

Etape 5. Accepter que « avoir une vie sociale », parfois, c’est juste s’endormir devant Netflix à 21h

Oui, il y a des jours où votre seule interaction humaine sera avec votre livre de méthodologie ou votre cuisinière à gaz. Ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est de se rappeler que derrière les deadlines, les mémoires à relire, les comités à honorer et les powerpoints à refaire à minuit, il y a une personne. Une personne brillante, drôle, et qui mérite parfois un mojito ou une bonne soirée entre amis. Alors courage, collègues du savoir. Votre vie sociale ne demande qu’à être redécouverte. Même si elle commence par une boisson avec un ami… à la pause entre deux réunions.

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6 commentaires

  1. Pas facile de tenir la cadence.
    Les solutions sont tout de moins très drôles. J’imagine un peu une séance de correction de copies en plein Karoka.

      1. Je me sens à la fois rassuré et inquiet… rassuré de voir que même les maîtres du savoir vivent des galères, inquiet parce que je croyais que ça s’arrangeait avec le temps. C’est bien compris prof.

        1. Vos enseignants sont humain, vous savez. Donnez-leur surtout envie de ne pas regretter leur choix de carrière. 🙏

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