Quand tu corriges des copies et tu réalises que t’as affaire à des ingénieurs… du son (pas du sens)

L’orthographe est morte. Paix à son âme. Enterrée quelque part entre l’école primaire et l’inspiration du moment.

Quand t’es jeune, motivée, diplômée (mention très honorable svp 😏), et qu’on te confie un paquet de copies à corriger, tu te dis : « Je vais évaluer leur compréhension du cours ». Non. Erreur de débutante. Tu vas surtout évaluer leur relation spirituelle avec le français. Et elle est toxique. Très.

Documents.

Episode 1 : le langage approximatif, mais audible
Tu commences à lire. Première phrase : « La comunication et un acte qui se base sur le mesage entre 2 persones. » Tu fais une pause. Tu retires tes lunettes. Tu regardes le ciel. Tu cherches un signe. Dieu ne répond pas. Tu continues. Tu remarques que l’étudiant ne fait pas de fautes. Non. Il est économe. Pourquoi doubler les consonnes ? Quelle idée ! Une déjà, c’est largement suffisant. Il lutte contre le gaspillage, invente des orthographes alternatives. Il innove, explore, brave le dictionnaire avec la fougue d’un aventurier illettré.

Episode 2 : les voyelles flottantes et les consonnes fantômes
Tu te rends compte que tes étudiants ne connaissent pas l’orthographe des mots. Ils les devinent. Ils les devinent AVEC LE SON. Parce qu’après tout, « connaisance», « demin » et « referense » ça se prononce pareil, non ? Donc « l’hortographe n’est pas un probleme si tu pe lir le son du mot ». Là tu comprends qu’ils ne sont pas en filière journalisme ou communication. Non. Ils sont en faculté de phonétique urbaine appliquée. 🤦🏾‍♀️

Episode 3 : les accords tombés au front
Le participe passé ? Massacré. L’auxiliaire ? Introuvable. La concordance des temps ? A fui au Lesotho avec un faux passeport. Tu lis des perles du genre : « Les medias ont jouer un rôle majeures dans l’influance de l’opinion public. » Tu ne sais plus si tu corriges un devoir ou si tu lis un message de 15h sur WhatsApp. Et toi, pauvre enseignante, t’as étudié Grevisse, Bescherelle, syntaxe, morphologie et tout le gang. Mais dans cette jungle, tes armes sont inutiles, limite tu déranges.

Episode 4 : l’inventivité sémantique aka le freestyle absolu
Certains étudiants ne savent pas, mais ils sentent les choses. Tu poses une question du genre : « Qu’est-ce qu’un manuscrit ? » On te répond : « Ces quelque chose qu’on écris à la main il faut bien écrire sinon on le lis pas » Ah. Tu vois ? C’est poétique. Tu hésites entre mettre zéro ou inscrire le texte au prix Goncourt de l’absurde.

Episode 5 : et le fond alors ? Le fond c’est pas mieux.
Parce que même quand l’orthographe passe encore (miracle !), le contenu, lui, fait une roulade arrière vers le néant. Exemple réel : Sujet : « Qu’est-ce qu’un chemin de fer ? » Réponse : « C’est un chemin en fer construit pour les trains. Les voitures peuvent aussi passer mais quand le feu n’est pas rouge » Fin de la copie. Tu vérifies si t’as bien distribué le bon sujet. Oui, c’est le bon.

En fin de compte, moi, correctrice, ébréchée, pose mon stylo rouge (usé jusqu’à la moelle), bois une gorgée de mon café froid, et me demande à quel moment j’ai signé pour souffrir en silence à corriger des copies faites avec l’intuition d’un télépathe maudissant la langue française. Mais je continue. Parce que je crois encore qu’un jour, un jour, quelqu’un écrira « communication » sans que mon œil ne saigne.

PS : Si tu lis ceci et que tu es étudiant, sache que je t’aime, vraiment beaucoup. Mais ton orthographe ? Elle me tue. Un peu plus à chaque copie. 😰

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3 commentaires

  1. 🤣🤣🤣🤣
    Comme on dit souvent le plus important c’est que le message.
    N’est ce pas celà le but communiquer ? Passer des messages. 🤣🤣🤣

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